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« Ces gens-là, ils auraient vendu du beurre aux Allemands pendant la guerre »

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Droit / Finance, Impertinences, Internet

Par : gesby - Dimanche 13 septembre 2009 à 15:28

Depuis des années, on avait l’habitude d’entendre des propos peu nuancés dans la bouche d’Hervé Rony, président du SNEP. Mais jamais encore on avait entendu des propos aussi virulents et pour tout dire dégueulasses à l’encontre de ceux qui, de toute bonne foi, considèrent que la loi Hadopi ou plutôt ses nombreuses variantes (suivant elle-même feue-la DADVSI), n’est pas la solution contre le piratage et pour la survie de la création musicale française… Son successeur, lui, n’a donc pas hésité à assimiler les anti-Hadopi à des collabos et des vendeurs à « la petite semaine », des faiseurs de marché noir sur le dos des artistes.  La pire racaille qui soit….

Christophe Lameignère, président du Syndicat National de l’Edition Phonographique, ci-devant P-DG de Sony Music France a donc droit, avec mention, à sa place au Panthéon des obscurantistes de cette loi, qui préfèrent manier l’invective et l’insulte gratuite plutôt que de se pencher sérieusement sur un problème, certes aigu pour les producteurs et éditeurs de son espèce, mais qui mérite bien mieux que cela…

OK, le disque va mal depuis au bas mot dix ans. On n’en y disconvient pas. On a bien dit le disque d’ailleurs, pas la musique… Et la situation dramatique du marché des ventes de CD en France contrarie beaucoup le SNEP (Syndicat National de l’Edition Phonographique) et son président Christophe Lameignère, par ailleurs P-DG de Sony Music France. Comme son prédécesseur, l’inénarrable Hervé Rony, il est intimement convaincu qu’il y a un seul responsable à la situation de son industrie : le téléchargement illégal, qu’il qualifie de “concurrence illicite”. Du jeune avide de nouveautés et qui ne voit pas de mal à plonger dans l’océan de titres qu’on lui propose sans bourse déliée à la mamie qui veut faire plaisir à ses petits-enfants mais n’a pas le moindre sou vaillant pour le faire (les pensions de retraites ont fait du surplace depuis des années), tous sont de fieffés pirates… A côté, ceux qui sévissent le long de la corne de l’Afrique sont de gentils Mickeys.

Pour Lameignère, et son association au bras long et au lobbying permanent, la situation ne peut plus durer. Et il faut que cela se sache… Au point d’utiliser un vocabulaire d’une violence que même son prédécesseur n’avait osé utiliser. Lors d’une conférence de presse le 10 septembre dernier, M.Lameignère a ainsi affirmé. “Ces gens-là (ndlr : les anti-Hadopi et les pirates), auraient vendu du beurre aux Allemands pendant la guerre”.

L’art contre « les planqués »

Pour faire bonne mesure, le même Lameignière, a persisté et signé dans un entretien vidéo accordé au NouvelObs.com (ndlr : rappelons que le Nouvel Obs a changé de ligne dans le débat, tout au moins à sa tête, depuis l’arrivée de Denis Olivennes, père et inspirateur de la loi Hadopi). Il y qualifie les anti-loi Hadopi de “voleurs à la petite semaine” faisant preuve d’une “attitude totalitaire” alors “qu’ils n’ont jamais rien créé, contrairement aux artistes qui sont les victimes directes de la baisse des ventes de musique et du piratage”. Il ajoute que ces gens-là (comme le chantait Jacques Brel) “ne proposent que des solutions à l’emporte-pièce”, en restant “planqués derrière leur ordinateur”.

Mais ce sont bien ses propos rapportés par la presse (et notamment par le quotidien gratuit Metro) et assimilant les « anti-Hadopi » à des vendeurs de beurre aux Allemands pendant la guerre, qui ont mis le feu aux poudres et ont logiquement susciter de vives réactions de la part de ceux qui défendent, de toute bonne foi, qu’il y a sans doute mieux à faire qu’une loi sans doute inefficace, probablement attentatoire aux libertés publiques et qui n’apportera de surcroit absolument rien aux artistes et aux ayants droits .

Particulièrement remontée, l’association UFC-Que Choisir demande des « excuses publiques » au SNEP pour ce qu’elle qualifie de “dérapage”. L’association de consommateurs n’est du reste pas seule puisqu’elle s’exprime au nom de la plate-forme « Création Public et Internet », dont elle est membre, avec le SAMUP (Union de Syndicats des Artistes Interprètes Créateurs et Enseignants de la Musique, de la Danse et de l’ Art Dramatique de France), la Quadrature du Cercle, l’ISOC France et quelques autres. Elle ajoute que, contrairement aux idées reçues et à ce que pense ou dit le SNEP, les internautes qui téléchargent « illégalement » des contenus (musique, séries ou films) seraient aussi “ceux qui consomment le plus de biens et services culturels“.

L’UFC-Que Choisir, qui est la bête noire des pro-Hadopi et donc de Lameignère et du SNEP, pense qu’il y a mieux à faire que s’envoyer des noms d’oiseau à la figure, des insultes gratuites qui enveniment le débat et empêchent un dialogue serein, une vraie réflexion en profondeur sur la manière de faire cohabiter production musicale et libertés sur Internet. L’association dit encourager plutôt l’industrie musicale à “réfléchir à une amélioration de l’offre légale”. Tel est du reste le but de la nouvelle mission “Création et Internet”, présidée par Patrick Zelnik, le fondateur du label Naïve et ex-patron de Virgin France. Une mission initiée par Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre de la culture (ses deux prédécesseurs se sont cassés les dents et ont perdu leur maroquin à cause des lois contre le piratage… Jamais deux sans trois ?).
Plutôt modéré, Patrick Zelnik doit proposer des améliorations à l’offre légale de contenus sur Internet avant le 15 novembre prochain. Mais bien peu ont fait remarquer à l’heure de sa désignation pour mener cette mission, que Patrick Zelnik tout modéré et plus élégant qu’il est par rapport à Lameignère, en tous cas dans ses propos, a présidé à deux reprises dans les années 90 le SNEP…

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