Y’a-t-il un téléphone dans la salle ? Si oui, qu’il se dénonce…
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Par : gesby - Vendredi 25 septembre 2009 à 16:49
On savait que la France, cette « grande démocratie », ce « pays des lumières et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », était l’un des plus rétrogrades en matière d’égalité des femmes dans la sphère politique (on caracole d’année en année, malgré les discours volontaristes rarement suivis d’actes, en tête du hit-parade des parlements les plus machos du monde). A la faveur d’un débat sur l’introduction d’Internet dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, on découvre que la République française est également l’une des plus en retard en termes d’adoption et même de compréhension de la révolution numérique… Etonnez-vous ensuite qu’elle ait voté comme un seul homme (chaussé de godillots, taille 44), ou presque, l’imbécile loi Hadopi !
Ca y’est pourtant… C’est de haute lutte, et un an et demi après avoir fait entrer les ordinateurs dans l’hémicycle (bien peu de cénacles politiques hexagonaux, pas plus que le conseil des ministres par exemple, ne les ont laissés entrer) que Bernard Accoyer, ci-devant Président de l’Assemblée nationale, vient «d’autoriser les députés à accéder à Internet lorsqu’ils siègent dans l’hémicycle, hormis les séances de questions orales au gouvernement».
A cette fin, le Wifi a été retoqué (apparemment jugé pas assez fiable) pour donner la faveur à 577 prises électriques (une par député) et autant de prises Ethernet donnant un accès au câble. Dans la foulée, le réseau a été activé. Et la présidence de la haute Assemblée, comme on dit, s’est fendue d’un communiqué expliquant que ce mouvement permettait de « s’inscrire dans le processus de modernisation du Parlement. Vu que l’on va vers des documents davantage dématérialisés, cela pourra permettre, à terme, aux parlementaires de suivre un projet de loi et ses différents amendements directement sur leur écran, sans support papier». Chaussage de lunettes et formation pour tous en perspective (surtout quand on pense à la moyenne d’âge, certes moins canonique que celle du Sénat, mais qui là encore est bien le signe d’une gérontocratie moderne à la française) !
Et pourtant, si les ordinateurs et autres dispositifs permettant d’accéder à Internet ne sont plus machina non grata, on ne sait pas si nos députés seront soumis à un intense filtrage, voire à l’adoption de logiciels de contrôle parental, afin de leur interdire de surfer sur des sites cochons ou de télécharger le dernier disque à la mode… Ce qu’on sait en revanche c’est qu’ils n’auront pas droit de passer ou de recevoir un coup de téléphone en séance, le réseau téléphonique étant totalement inaccessible et les ondes radios brouillées (ce qui peut expliquer au passage le retoquage du Wifi). Pas plus d’envois ou de réceptions de SMS sur leur téléphone portable…
Cela dit, on peut penser qu’il y a une certaine logique derrière cette décision, en imaginant un débat sur l’armement où les lobbyistes de Dassault et Lagardère appelleraient ou enverraient des SMS pour houspiller tel ou tel député pas assez favorable à leur intérêt ou pour leur glisser un argument… On peut imaginer aussi un débat sur les droits d’auteur sur Internet avec Pascal Nègre ou le patron du SNEP, envoyant des SMS piégés ici et là ou une nuée de boulettes puantes à tous les députés UMP désirant s’abstenir de voter la loi Hadopi, voire voter contre !
L’on comprend bien à mes propos, que je n’y crois pas… C’est de la pure hypocrisie. Il y a longtemps que les lobbyistes ont pris leurs aises avec les députés, de tous les bords. Que si le téléphone ne sonne pas, pour ne pas perturber les débats, dans l’hémicycle il sonne partout ailleurs dans l’Assemblée et que les discussions ne se limitent pas, loin s’en faut, au téléphone. N’avait-on pas vu un certain site de musique et cinéma « légal » venir faire sa promotion au sein même de l’Assemblée à l’heure de feue la loi Dadvsi. Les huissiers en bel habit de l’Assemblée vont-ils régulièrement « passer dans les rangs » pour observer le réel usage d’Internet des députés ? Le règlement va-t-il bloquer l’accès à Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux pour que les Députés soient concentrés sur les discussions en cours ? Une chose est certaine : si l’arrivée du Net dans l’hémicycle, et l’ouverture à une certaine UAO (ubiquité assistée par ordinateur), pouvaient faire chuter l’absentéisme des parlementaires français (l’une des plus importantes d’Europe), ce serait déjà ça de gagner… A suivre !
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