« T’a pensé à m’acheter le dernier Jonathan Coe sur Google ? »
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Par : gesby - Jeudi 15 octobre 2009 à 10:28
Si on se penche ces derniers jours sur le traitement réservé par les journaux à la Foire du Livre de Francfort - le plus grand évènement de la planète livre, depuis de nombreuses années - il semble qu’un seul sujet ait agité l’esprit des visiteurs, des auteurs et des éditeurs : l’irruption massive, et pour certains incontrôlée, du numérique dans la vie du secteur.
Principale cible des attaques : Google et sa vision mondialisée, Google et sa vision peu ou pas respectueuse du droit d’auteur… Un Google qui n’en a apparemment cure et vient d’annoncer, justement à l’occasion de cette édition de la Foire de Francfort Google Edition, sa librairie numérique payante qui devrait être portée sur les fonds baptismaux en 2010. Faut-il s’en inquiéter ou trouver cela épatant ? Va-t-on vers un abandon du livre papier ? Quel statut sera celui des auteurs et écrivains dans un tel système ? Toutes ces questions et bien d’autres encore méritent une réflexion, pour ne pas retomber dans la caricature de débat qu’on a eu avec les lois Hadopi I, II et Dadvsi.
Les livres électroniques commencent à trouver leur public, même si pour l’heure il est de niche. Mais surtout, les couloirs de la Foire du Livre de Francfort n’ont pas cessé de faire raisonner le nom de Google. Un nom qui, que ce soit conscient ou pas, est vécu comme un ennemi par nombre d’acteurs européens du monde du Livre, comme il l’est pour le milieu du disque (encore tout récemment l’un des membres éminents du lobby du disque évoquait l’idée de taxer Google au motif qu’il était l’outil le plus puissant pour trouver en quelques secondes tout type de fichier en ligne) et pour celui du cinéma et de la télé (par YouTube interposé).
Pour autant, Google ne se démonte pas. Présent sur la Foire, le géant de Moutain View a ainsi profité de l’évènement pour officialiser Google Edition, sa librairie numérique payante qui entrera en service en 2010. L’idée est simple, mais elle n’est pas sans poser problème à tous les maillons de la chaine de l’édition : via Google Edition on pourra accéder sans effort à des millions d’ouvrages (il en compterait déjà au bas mot 2 millions, en provenance dixit Google de 30 000 partenaires), non seulement depuis son ordinateur mais aussi depuis n’importe quel type terminal connecté (par exemple un smartphone tournant sous Androïd, l’OS maison). Pour ce faire, il faudra disposer d’un compte Google, d’acquérir la version numérique d’un ouvrage qu’il sera ensuite possible de consulter via n’importe quel appareil pour peu qu’il soit connecté à Internet.
L’ensemble des titres est indexé dans un moteur de recherche spécifiquement consacré aux livres par Google. Et d’emblée il est possible de consulter 20% du contenu de l’œuvre gracieusement… Au grand dam des éditeurs et des bibliothèques nationales en général (même si le patron de la BNF s’est montré plus coulant ces derniers temps…). L’internaute peut ensuite acquérir l’ouvrage complet en cliquant sur un bouton ad hoc, le livre étant téléchargé directement depuis Google, depuis le site d’un libraire en ligne partenaire de Google ou, dans certains cas, auprès de l’éditeur. Si l’achat s’opère en direct sur le site de Google, celui-ci se réserve 37% des revenus engendrés. Il monte à 55% si la vente est redirigée vers un partenaire !
Vol de patates ?
Il y a donc une affaire de gros sous derrière cette frénésie et ce pugilat par médias interposés autour de l’émergence d’un acteur tout puissant, dictant ses règles au monde de l’édition. En France, les éditeurs – très remontés – ont décidé de riposter, mais comme souvent dans ces cas-là, en ordre dispersé ! Ce sont pas moins de trois plates-formes électroniques - e-plateforme (Editis et Média-Participations), Numilog (Hachette Livre) et Eden-Livres (Gallimard, La Martinière, Flammarion) qui ont été annoncées… Pourquoi ? Pour éviter, disent-ils, de reproduire l’erreur de leurs collègues américains qui, par manque de discernement, se voient dicter leurs prix de vente en ligne par les diffuseurs.
Dans un entretien accordé à La Tribune, David Drummond, ci-devant directeur du développement et des affaires juridiques de Google, a voulu dresser un futur radieux pour le livre numérique en général, pour le service de Google en particulier. Il eut été étonnant qu’il en soit autrement. Cependant, ce qu’on peut retenir de son interview c’est la phrase suivante : « je pense que le livre numérique ne remplacera jamais le livre papier. »
Vive le livre papier !
Et moi, tout journaliste spécialisé dans la High-tech que je suis, je suis d’accord sur ce point avec lui. Il n’est qu’à voir comment les ventes de livres résistent mieux à l’invasion du numérique dans nos vies, que le disque ou le cinéma. Le livre est aussi un bel objet (même s’il y a les éditions de poche), on le touche, on peut le respirer, le poser et le reprendre, on peut l’emmener sur une plage sans risque et dans le métro ou les transports en commun et quel plaisir d’avoir une belle bibliothèque, même si l’on n’est pas un bibliophile endurci (un geek du bouquin en quelque sorte). Et contrairement au monde du disque et du cinéma qui ont, pour l’un tué les petits disquaires de quartier au profit des « gros » comme la Fnac, Virgin et la grande distribution, pour l’autre tué les petites salles de quartier au profit des méga-multiplexes, le monde du livre et, il faut le dire la loi Lang (qui a l’époque avait du souffle et une belle vision de la culture) prônant le prix unique, ont sauvé et maintenu les petits libraires partout en France.
Aujourd’hui, je pense à ces petits libraires, et je me dis que même si je peux apprécier Google et certaines initiatives et outils (j’utilise tous les jours Gmail et Google Maps notamment), je ne souhaite pas un monde sans libraires. Car un monde sans libraire c’est très vite un monde sans livres… Et comment survivre sans livres ? Pour moi ce serait impossible. Merci Gutenberg et tant pis pour Macluhan.
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Commentaires
J’adore lire également, mais je ne serait pas aussi nostalgique sur le livre papier.
Personnellement, je ne vais pas en librairie choisir un livre. Je vais sur internet, je regarde les listes de lectures de gens qui ont les mêmes centres d’intérêt que moi, leurs commentaires. Et 8 fois sur 10, je commande sur amazon parce que c’est moins cher.
Mais pour le moment, moi aussi je m’ accroche encore à la version papier mais c’est parce que les e-reader et la bibliothéque associée sont encore loin de l’ergonomie d’un livre papier.
Je comprends qu’on puisse aimer les livres en tant qu’objets, mais je me demande qu’l pourcentage des lecteurs réguliers ca représente.
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